- Reportage MagazinArt -

La félicité vitrifiée


e Petit Robert définit l'art naïf comme un ''art populaire, folklorique, contemporain de l'art évolué''. L'art naïf de la peintre émailleure Jenny Hellers se rapproche étrangement de mes plus beaux rêves, du moins quand ils sont en couleurs! Populaire à souhait, folklorique mais sans âge, son art se moque d'être contemporain ou non d'un art évolué. Qualifions-le plutôt d'authentique, à l'image de son auteure.

Avec son air juvénile et ses quarante ans tous juste sonnés, Jenny Hellers ressemble à une adolescente qui aurait oublié de vieillir. Tour à tour, ses tableaux nous présentent des personnages et des scènes qui semblent également intemporels. Il s'agit d'une oeuvre porte-bonheur, candide, ou la présence de grands soleils jaunes, d'oiseaux blancs qui se bécotent, d'arbres qui poussent à l'abri de la pollution et de jolies maisons de poupées entourées de fleurs nous transporte dans un monde idéal. Les héros de ses contes émaillés, mines réjouies, couples enlacées, enfants à la frimousse tantôt enjouée, tantôt éberluée, ne détournent pas le regard, sauf pour contempler du coin de l'oeil le chat ou la pomme. Avec une adresse futée, l'artiste crée des machines à lessiver les problèmes toutes plus curatives les unes que les autres, ce que j'appellerais l'émaillothérapie par Jenny Hellers .

Les êtres passionnés n'ont aucune notion du temps. Or, du temps, l'artiste de l'émail sur cuivre en a pourtant consacré joyeusement depuis les vingt cinq dernières années, à fignoler sa technique, à concevoir les bons outils, à choisir les matériaux adéquats, à jongler avec les secondes lors des cuissons, jusqu'à ''patenter'' une fourche mobile pour glisser au four ( à 1500 degrés ), en douceur, ses pièces enduites de poudre de verre qu'un simple éternuement soufflerait de manière catastrophique. Car il faut une dextérité sans pareille pour parvenir à dessiner jusqu'à la pupille d'un oeil avec un saupoudreur ( imaginez-vous en train de dessiner avec votre salière ! ). Bref, beaucoup de temps investi dans une création qui ne comporte aucune trace du temps et qui ne subira aucune.

Par ailleurs, jamais le dicton qui affirme qu'« une image vaut mille mots » n'aura rendu si peu justice au travail de Jenny Hellers, car ces le relief qui lui confère toute sa dimension. Il n'y a que le plaisir de l'index. Qui effleure le motif, la belle clarté du jour ou d'un éclairage halogène qui puisse révéler, dans sa plus formidable expression, le travail de cette artiste autodidacte de Pincourt.

Jenny Hellers est née à Montréal en 1958. En elle s'entremêlent des racines paternelles luxembourgeoise et maternelles québécoises. Bien que la peintre émailleure ait une formation en graphisme, elle a subi les influences artistiques de son père, un artiste sculpteur et maître forgeron. Dans ses tableaux de verre, peut-être verrons nous la symbiose quasi chimérique propre au grand-duché du Luxembourg et à la bonhomie rurale de nos plus ravissants villages québécois.

La liste des prix, distinctions et reconnaissances officielles mérités par Jenny Hellers est exhaustive. La liste de ses réalisations l'est tout autant. Aussi vais-je uniquement signaler, entre autres choses, qu'elle vient de remporter le Prix du grand public au Concours International d'Art Naïf de North Hatley, qu'en 1995 Les Grands Ballets canadiens ont choisi une de ses oeuvres pour leur carte de Noël et que Téléglobe Canada a fait de même, en 1994, dans le cadre de l'année internationale de la famille.

Les oeuvres de Jenny Hellers font partie de plusieurs collections privées et corporatives,et des collections permanentes du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, du Musée de Vaudreuil, du Musée de Bage en France ainsi que de la collection de France Musée International. L'artiste a participé à plusieurs expositions de groupe et solos, et elle a bénéficié d'une couverture médiatique non négligeable au Canada,aux Etats-Unis, en Europe ainsi qu'en Australie.

Vous savez, il n'y a rien d'étonnant au fait que Jenny Hellers connaisse une si belle popularité, belle parce que non tapageuse. On ne sait si le bonheur a un prix, mais il est assuré à la vue d'une oeuvre signée Hellers. Il s'agit là d'une gratuité à laquelle je vous convie. Et si vous avez la chance de la rencontrer, demandez-lui de vous parler de sa technique hors du commun et de la fourmillière d'idées pour des émaux futurs, qui s'affairent dans sa tête. En être introverti, s'il en est un, elle vous répondra, timidement, peut-être, car ce n'est que penchée sur sa feuille de cuivre que l'artiste évoque de manière extrovertie les voies vitrifiées de la félécité.

Lise Goulet
Magazin'Art, hiver 1998-1999
Edition Internationale bilingue



©Jenny Hellers
Glass On Metal Artist / Artiste-peintre & Émailleure

55 Sault-au-Matelot
Québec, P.Q., Canada, G1K 3Y7
Agent : Denis Savoie, tel. & fax (418) 525-7582